Cahtédrale d'Aiacciu - Rose Cesari
Minéral

Les sphères de papier, jointes en guirlandes, palpitaient à un rythme régulier ; enveloppées dans une membrane laiteuse, les ampoules diffusaient une onde bleuâtre, qui éclairait le visage de Guglielmo Doria. L’horizon minuscule s’étageait en points métalliques ; quelques personnages, ou plutôt des ombres, des figures obscures et sans visages, traversaient le premier plan, le pas pressé, en silence. Les trottoirs crayonnés par la Lune encadraient le canal bleu pétrole qui frissonnait avec la brise. La pluie reprenait. Les personnages avaient disparu. Dans la nuit mauve, caractérisant les villes où rien ne dort vraiment, les lampadaires figeaient le mouvement du fleuve, transformé en plaque minérale, dont on devinait les formes hérissées d’améthystes bistres et striées de veines ; on s’écartait de la lumière sous verre ; l’eau redevenait sombre et agitée.

Sa vieille race, hautaine, dessinait ses traits. Les joues creusées, calcaires, étaient parsemées de poils noirs. Entre ses doigts, Guglielmo faisait rouler une bille de goshénite. Il l’avait acquise vierge et hirsute. Muni du caillou qui tenait à peine dans sa paume, il s’était rendu chez un joaillier-ciseleur. Au fond d’une boutique débordant de boîtes, d’inscriptions savantes dont l’encre vieillissait, l’artisan l’avait polie, arrondie, puis avait tracé deux lignes orthogonales, des sortes d’équateurs qui interdisaient à l’œil d’y trouver une latitude.

Souvent, il traînait aux Buttes. Le soleil perçait des alcôves entre les nuages compacts. Guglielmo longeait le bassin presque vide. Au centre, un saule pleureur abritait quelques oiseaux. Il porta son regard vers le temple de la Sybille. Les colonnes corinthiennes se fondaient dans les reliefs irréguliers du gypse, envahis par la végétation et les clôtures limitant l’accès aux parties accidentées de l’île.

Un cri le sortit de sa rêverie. Ces évènements sont lointains à présent. Emprisonnés dans la brume, ils apparaissent calcifiés et vitreux. Une légère inquiétude lui rappelle parfois leur existence.

Illustration : Rose Cesari

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